Bloquée en mer

Conte offert par Emily Wolfe.

C’est une chose intéressante d’être bloqué en mer. Votre monde se rétrécit et vous perdez tout lien avec ce qui était votre vie. Vous oubliez Instagram et Facebook et Fox News et CNN. Vous commencez à faire attention aux choses devant vous. Vous jouez plus aux cartes que Candy Crush, vous écoutez des CD au lieu de Spotify, vous regardez les couchers de soleil au lieu des films et vous avez des conversations au lieu de SMS. Vous trouvez de la joie à lire un livre et à sentir la brise de l’océan. En marchant sur le pont du bateau pour la troisième fois de la journée, vous oubliez que le reste du monde continue comme d’habitude. Vous vivez dans le confort de savoir que vous pouvez toujours revenir à la civilisation si vous le voulez ou le devez … c’est-à-dire … jusqu’à ce que vous ne puissiez pas retourner. Pour Emily et les étudiants de Semester at Sea 2020, l’idée d’être « bloquée en mer » semblait fictif jusqu’à ce que la Covid-19 est arrivée et aucun pays ne veuille les laisser entrer. 

Relativement inconnu au Canada, Semester at Sea est un programme d’études à l’étranger géré par Colorado State University. Chaque semestre, un bateau de croisière configuré – bien nommé MV World Odyssey – part avec 500 étudiants universitaires pour naviguer le monde. Il s’arrête dans onze pays pendant une semaine chacun afin que les élèves puissent s’immerger dans les lieux et les cultures qu’ils découvrent dans leur travail de classe à bord. Pour une voyageuse passionnée comme Emily, Semester at Sea semblait être la cerise sur le gâteau de son expérience universitaire – voir le monde avant de s’installer et de se diriger vers une école de droit. 

Le voyage a débuté en douceur et ils ont navigué pendant quatorze jours du Mexique au Japon, avec un arrêt d’un jour à Hawaï pour le carburant. Avec un accès Internet limité et aucune mise à jour du personnel ou des professeurs à bord, leur communauté a très peu entendu parler de la nouvelle épidémie de virus corona qui a commencé à Wuhan, en Chine. 

Ce n’est que lorsque Emily et ses amis ont atterri au Japon et ont eu une connexion internet pour la première fois depuis 2 semaines qu’ils ont été inondés des mises à jour des médias et des messages sur l’épidémie. C’est également au Japon où les étudiants ont été informés du changement d’itinéraire du programme: Semester at Sea ne s’arrêterait plus à Shanghai, en Chine, et se rendrait directement à la ville Ho Chi Minh, au Vietnam, où ils passeraient 6 jours supplémentaires. 

Déçue de la disparition de la Chine comme destination, la faculté du Semester at Sea a rassuré tous les étudiants que le reste du voyage resterait intact et que l’expérience resterait pareil. Le programme a appris qu’il s’agit d’une crise sanitaire chinoise – maintenant nommé la COVID-19 – et rien à craindre dans d’autres parties du monde. Emily et ses amis sont restés optimistes que leur voyage resterait intact pendant les mois restants. Personne n’aurait pu prédire les ravages mondiaux que ce virus n’avait pas encore causés. 

Après une semaine fantastique au Japon et encore mieux, 12 jours au Vietnam, l’expérience d’Emily a pris une tournure dramatique pour le pire: Semester at Sea s’est vu refusé l’entrée aux deux prochains ports, en Inde et en Malaisie, et le programme a été redirigé vers les Seychelles. Cependant, les étudiants manquaient non seulement 3 des pays prévus sur leur itinéraire, mais ils ont maintenant passé 12 jours supplémentaires en mer en contournant l’Asie. 

Bien qu’elle soit déçue, Emily est restée positive en faisant de la recherche sur les Seychelles et en devenant plus excitée de voir les différentes parties de l’Afrique. Les journées en mer étaient difficiles, mais visiter les pays en valait la peine. 

Onze jours plus tard et douze heures avant d’arriver au port de Victoria, aux Seychelles, la communauté du bateau a de nouveau été informée de leur refus d’entrée dans le port. Les Seychelles était un petit pays insulaire et leur gouvernement ne voulait pas risquer l’arrivée de la COVID-19 sur leurs côtes. En raison de leurs récents voyages en Asie, Emily et son programme présentaient un risque élevé de transmission. Avec ce déni, Emily a de nouveau été bloquée en mer pendant 9 jours de plus. 

Après 56 jours de voyage et 4 refus d’entrée plus tard, Emily commençait enfin à saisir l’ampleur de la crise mondiale à laquelle le monde était confronté. C’est en ce moment qu’elle a commencé à croire que les choses n’allaient que s’empirer. Depuis que le gouvernement canadien a publié un avis de voyage mondial, Emily a décidé qu’il était temps de réduire ses pertes et de rentrer chez elle. Le bateau avait obtenu un accès d’un jour à Maurice pour de la nourriture et le carburant. C’est à Port Louis, à l’Île Maurice, qu’Emily a fait ses bagages et a commencé son voyage de 27 heures, de l’Île Maurice à Paris et de là à Vancouver. 

Dévastée pour elle-même et ses pertes (à la fois financières et expérientielles), Emily espérait pour ses amis que le programme Semester at Sea finirait son voyage sans problèmes. Cependant, après le départ d’Emily du programme, les choses ont semblé aller de mal en pire lorsque la COVID-19 a commencé son déchaînement mondial. Tous les ports restants du voyage ont été annulés, y compris l’Afrique du Sud, le Ghana, le Maroc et les Pays-Bas (en plus des ports déjà manqués de la Chine, de l’Inde, de la Malaisie et des Seychelles) et tous les étudiants du programme ont été renvoyés chez eux 34 jours plus tôt que prévu. 

Bien que ce ne soit pas l’expérience qu’elle avait prévue, 2020 est une année qu’Emily n’oubliera jamais. C’est l’année où elle a passé 44 jours sur un bateau sans aucune connexion au monde extérieur. C’est l’année où elle a appris l’importance de la communauté et le soutien apporté les uns sur les autres dans les moments difficiles. C’est l’année où elle s’est fait des amis du monde entier et avec lesquels elle a voyagé dans 2 pays étrangers. C’est l’année où elle a appris qu’il faut toujours rester flexible et que parfois la bonne chose à faire est de réduire ses pertes et de rentrer à la maison. 

Cela dit, si cette expérience a appris quelque chose à Emily, ce serait la gratitude et même si les choses peuvent sembler mauvaises, il y a toujours quelque chose de bien. Tout au long de son expérience, elle est restée reconnaissante pour sa famille et ses amis qui l’ont soutenue à chaque étape de son chemin et elle est restée reconnaissante pour leur santé et leur bien-être. Elle était reconnaissante d’être canadienne et de pouvoir rentrer chez elle dans un pays qui valorise la santé et la sécurité de chacun de ses citoyens. En rentrant chez elle, Emily a contracté la COVID-19 et alors que ses propres symptômes étaient incroyablement doux, elle l’a transmis à sa mère (qui a finalement récupéré), dont les symptômes n’étaient pas si légers. Alors qu’elle regardait sa mère se battre pour sa vie, les déceptions insignifiantes de son semestre semblaient sans importance et Emily s’est rendu compte qu’elle avait tout ce dont elle avait besoin chez les personnes qu’elle aimait. 

La COVID-19 a fait des ravages sur la terre pendant toute l’année 2020 et c’est loin d’être terminé. Si son expérience du Semester at Sea a appris quelque chose à Emily, c’est que pendant les temps de crise les gens doivent se rassembler et ne pas se tourner le dos. L’amour, la compassion et la communauté ont toujours été et seront toujours le remède. 

Toutes les images offertes par Emily Wolfe

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