L’ombre de la COVID

Anonyme

Il était une fois, une pandémie balayait le globe et les universités fermaient partout. Le cœur brisé, Daphné dit au revoir à ses colocataires un cycle lunaire plus tôt que prévu. Elle devait trouver la clé pour contrôler son ombre et accepter que sa vie fût infiniment différente de celle des autres. Ses camarades étaient partis en échange dans un autre royaume loin de l’Est. Elle était donc contrainte de se retrouver vivre dans la chambre de son enfance dans la maisonnette de ses parents. Elle avait déjà passé la saison chaude avec sa famille auparavant, mais cette fois, tout le monde était confiné à la propriété sept rotations lunaires sur sept pour éviter la propagation du virus mortel. 

Sa première nuit fut sans sommeil. Des bourdonnements. C’était tout ce qu’elle pouvait entendre dans sa tête. Elle devait être proche – l’ombre. Il était vraiment étonnant que cette créature impitoyable ait prospéré au mieux dans l’obscurité. Une ombre, par définition, c’est l’absence de la lumière, n’est-ce pas? Mais que se passerait-il si la lumière n’existait pas au départ? D’où viendrait cette obscurité? Alors que l’ombre se rapprochait, Daphné commença à ressentir une douleur à l’estomac. De plus, ses genoux s’affaiblirent et elle eût soudain besoin de reprendre son souffle. Elle avait récemment cessé d’aller aux séances avec sa Bonne Fée parce que la Cour refusait de continuer à la soutenir financièrement. Néanmoins, elle s’était entraînée à localiser la source de l’ombre et à la tuer dans l’œuf. Cet incident lui montrait que même si elle était bien préparée, cette saison chaude allait être plus difficile que ce qu’elle avait imaginé. 

La jeune femme s’est réveilla le lendemain matin en se sentant extrêmement coupable d’avoir dormi si tard. Le soleil avait déjà fait un demi-tour du globe et elle n’avait pas encore cassé son jeûne. L’ombre était malheureusement restée proche. Les nouvelles sur la pandémie ne faisaient qu’empirer la situation. Beaucoup de gens mouraient. Elle se sentit que le trou dans son estomac avait doublé de volume. Le repas du soir approchait, alors elle décida de prendre courage et d’aller se promener dans la forêt. Cette sortie quotidienne était un rituel pour prendre de l’air et éclaircir les choses pendant cette peine de prison. En demandant à Dieu la main, elle savait qu’il y avait une lumière dans le monde malgré la période sombre que son peuple traversait.  

Daphné se promenait dans la forêt quand soudain, la lumière du jour fût avalée par une lueur blanche. Elle se sentait calme, confiante et à l’aise en même temps, comme si une couverture chaude l’enveloppait. Au coin de son œil, un spectre de couleurs est apparu, s’écoulant comme une voile dans le vent. Daphné n’avait jamais vu ces couleurs auparavant. Ce spectre en affichait douze, cristallines. Aucun langage humain n’a la capacité de décrire ces lueurs étonnantes. Les couleurs ne se prononçaient jamais, mais Daphné pensait avoir finalement compris comment elle pouvait établir une relation symbiotique avec l’ombre. Après un moment de réflexion, Daphné a décidé qu’elle en avait assez. Elle se leva, ferma les yeux et tapa trois fois les talons, mais rien ne se produisit. On lui avait toujours appris à faire cela pour se replonger dans la réalité. Sa deuxième tentative n’eût pas plus de succès, mais son troisième essai, aussi idiot soit-il, fut fructueux. Elle était de nouveau dans les bois, loin de la contamination sonore causée par les chariots de livraison, les gens et la maladie. Elle se sentait momentanément en paix avec elle-même et avec sa vie.  

Ce soir-là, Daphné écoutait la pluie tomber sur le toit de la maisonnette. On aurait dit des milliers de petites mains qui l’encourageaient à poursuivre sa route. À ce moment-là, le bourdonnement dans son cerveau était faible, mais sans aucun doute présent. Soudain, l’ombre pénétra dans la pièce, créant une rafale de vent qui a fit frissonner sa colonne vertébrale comme si quelqu’un lui avait versé de l’eau d’hier sur le dos. Daphné ne comprenait point. Elle pensait avoir la clé pour contrôler ces rencontres, mais l’ombre s’était jetée sur elle plus violemment que jamais. Elle se demandait s’il était bien nécessaire de se réveiller le lendemain matin pour briser son jeûne. À ce moment-là, elle aurait pu facilement ingérer assez de séropotion pour immobiliser son cœur.  

Aussi tragique que cela soit, ce ne serait pas la première fois que Daphné tentait de trouver le repos. Sa mère s’inquiétait à chaque instant de recevoir un message l’informant que sa fille était, une fois de plus, sous traitement des trolls pour séro-empoisonnement, avalant de l’eau de charbon et repoussant l’envie de fuguer. Les trolls n’avaient aucun respect pour une fille qui oserait utiliser les ressources médicales pour quelque chose qu’ils croyaient contrôlable et leurs actions reflétaient justement cela. Sans que cela soit explicite, on peut dire que s’engager dans cette voie aurait signifié d’avoir accepté le risque d’un échec et donc la destruction de la famille de Daphné. Cela semblait égoïste, ce qui la rendait encore plus malheureuse. Si cela avait pu ne pas affecter la vie de ses proches, elle aurait avalé la séropotion et se serait endormie pour l’éternité.  

Dire que Daphné se sentait mal serait un euphémisme. Elle se sentait seule, même si elle était entourée de ses proches. Elle était dans un cycle de honte constant qui semblait n’avoir aucune intention de se rompre. Elle avait dû apprendre à vivre avec cela. Bien que cela soit sinistre, elle devait accepter de vivre sa vie avec l’ombre qui se trouvait toujours près d’elle. Grâce à ses efforts, Daphné vit l’ombre s’estomper de plus en plus chaque jour.  

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